Entretien avec Bob Siné et Catherine Sinet
Siné Hebdo

par Philippe Krebs,    

 

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Est-il possible de devenir directeur de presse à 80 ans ? A cette drôle de question, Bob Siné répond sans hésiter par un grand OUI ! Et nous donne au passage une belle leçon de vie, à méditer par les petits et les grands : il n’y a pas d’âge quand on aime. A 80 balais passés, on peut encore prendre des risques et se lancer dans un projet fou. Nous nous sommes donc rendus sur place, chez Monsieur et Madame Sinet, pour prendre les dernières nouvelles de leur bébé.

Tout d’abord, je tiens à vous féliciter, car après Hara-kiri , la revue le Fou parle et la revue Zoo , nous étions nombreux à penser que l’on ne verrait plus jamais de journal de cette trempe-là. Par exemple, Zoo est mort, écrasé sous les procès et les amendes, pour avoir fait des blagues sur Céline Dion et Vanessa Demouy. Nous sommes dans une période où tous les canards sont inféodés à la pub et à la pensée unique, avec au-dessus de leur tête l’épée de Damoclès de la censure et des procès. Finalement, heureusement qu’il y a eu cette affaire là (l’affaire du licenciement de Siné par Val), car ça a débloqué une situation que...

Siné intervient :
... que tout le monde ressentait.

C’est donc grâce à vous que renaît cette presse satirique. Et il fallait une figure mythique et tutélaire, qui soit vraiment emblématique comme un Prévert ou un professeur Choron, avec une carrure, une respectabilité et une notoriété, pas seulement chez les anars, car on parle aussi de presse et de liberté d’expression, pour redonner à tous cet élan de liberté.

Siné devant le BAT de Siné Hebdo - 39.8 ko
Siné devant le BAT de Siné Hebdo

Où en êtes-vous au bout du troisième numéro, après un numéro un qui faisait beaucoup appel au name dropping avec des noms connus comme Michel Onfray, Guy Bedos, etc. ? Car pour intéresser la presse, il faut des noms connus, on ne prend pas Rachid du coin ou Pierre le boulanger, eussent-ils le talent de Michel Onfray. Va-t-il y avoir de nouveaux noms, plus de roulement, quelle est votre ligne éditoriale ?

Catherine Sinet : Evidemment, on ne va pas laisser tomber nos noms connus, Bedos, Porte, Onfray,..., loin de là, mais on va essayer de plus en plus d’introduire des papiers de fond.

De Font ?

C. Sinet : ...Des papiers d’actualité. On ne va pas se baser sur des commentaires de politiques, on va traiter de préférence de sujets non traités dans la presse. Là, on passe un grand papier sur les radios libres qui sont menacées de mort, ensuite on fait quelque chose sur les intermittents du spectacle alors qu’on n’en parle plus en ce moment. Là, on commence une chronique sur les « emmerdeurs », qui sont des personnages haut en couleurs, qui emmerdent le monde. Là, il s’agit d’une petite dame qui est actionnaire chez Mattel, qui les poursuit partout en conseil d’administration pour leur poser des questions sur le travail de leurs ouvriers, etc. Une vraie emmerdeuse professionnelle.

Que fait Isabelle Alonso dans Siné Hebdo  ?

C. Sinet : Isabelle Alonso est, je le sais, très controversée. Je la connais depuis très longtemps. Elle a été aux Chiennes de garde pendant un an ou deux, mais les a quitté il y a cinq/six ans. Je l’ai appelée en lui disant, je ne veux même pas que tu parles de tous ces problèmes-là, je veux que tu parles de gâterie, de plaisirs, etc. Cette semaine, elle parle du Sénat, mais elle a un regard qui n’est pas du tout celui auquel on est habitués de sa part, et moi j’aime beaucoup ce décalage entre Isabelle Alonso telle qu’on l’imagine et ce qu’elle écrit dans le journal, donc je demande à ce qu’on la juge sur ce qu’elle écrit dans le journal. Moi, Alonso, j’aime bien, et puis de toute façon, une voix de femme, ça fait du bien.

Siné : Je suis un peu pareil au niveau du dessin. Il y a une équipe de dessinateurs qui reviennent et sont toujours présents, Lindingre, Faujour,..., qui sont des copains, mais il y en plein aussi que je ne connais même pas, des gens qui nous envoient ça par mail. Il y a un Belge, un Flamand, je ne sais pas d’où ils sortent, ni l’âge qu’ils ont. On va essayer d’avoir Ralph König qui est exceptionnel, un allemand homosexuel qui fait que des trucs sur les pédés, c’est hilarant. On va essayer de renouveler un peu, qu’on n’ait pas toujours la même chose.

C. Sinet : On aurait bien aimé avoir Lefred-Thouron, mais il a un contrat d’exclusivité au canard. Il a essayé de contourner le truc en faisant des photomontages, ça me faisait rigoler, mais les photomontages, je n’ai pas envie d’en mettre, ça rappelle trop l’époque Hara-Kiri. Il y a Lefred et Pétillon qui ne peuvent pas. On aimerait aussi Willem qui est un sacré mec, mais pour l’instant il reste fidèle à Charlie. Si on trouve des nouveaux, ce serait le paradis. Il y a sûrement des mecs en Province ou à l’étranger, des mecs bien. En attendant, il y a beaucoup de dessins qu’on fout en l’air en se disant, c’est n’importe quoi.

Il y a une plume que je suis très content de retrouver dans Siné Hebdo , car non seulement il écrit bien, mais en plus, il fait un travail de fond indispensable à la société, qui est une sorte de Michael Moore à la française, c’est Denis Robert.

C. Sinet : Oui, Denis Robert par exemple, a porte ouverte. Il a envoyé trois textes, on l’a publié trois fois.

Et où en êtes-vous après le gros buzz du numéro Un où tous les numéros sont partis dans la journée ?

C. Sinet : C’était miraculeux. Là on devrait être, sur le troisième, à 80 000, ce qui est déjà beaucoup. On ne s’attendait pas à ça. Vendredi matin, on était à 50 000.

Quel est votre seuil de rentabilité ?

C. Sinet : 40/50 000, quelque chose comme ça. On a déjà 1200 abonnés.
Siné : Plus on aura d’abonnés, plus on sera tranquilles.

En tout cas, à vôtre âge, avec une salle de rédaction à la maison, et un rythme hebdomadaire à tenir, vous vous êtes préparés une retraite aux petits oignons...

(Rires...)

Siné : Oui, mais pour l’instant on est contents. On tient le coup. Si on se faisait engueuler, si les gens nous disaient que ce n’est pas terrible, on aurait le moral à zéro, mais ce n’est pas le cas.
C. Sinet : Il y en a quelques-uns qui nous engueulent.
Siné : Il y a Nabe qui m’engueule, mais lui c’est logique.

Il ne voulait pas se fendre d’un papier ?

Siné : Non, c’est moi qui ne voulais pas.
C. Sinet : Et, il dit qu’il rêve de faire un journal avec Soral et Dieudonné !
Siné : Nabe est un peu irresponsable. Du coup, il me reproche d’être mou et socialiste, je ne sais quoi...
C. Sinet : D’autres nous reprochent de ne pas avoir de procès (rire). Il n’y a pas de procès, donc c’est nul.
Siné : Si on était milliardaires, on pourrait se le permettre. Au contraire, les procès on cherche à les éviter.

Une crainte que j’ai par rapport au journal actuel, c’est qu’il ne devienne un journal « militant » au détriment de l’humour et de la veine satirique ? L’équilibre entre les deux est difficile.

C. Sinet : Je suis d’accord. On n’est pas encore au point. En même temps, ça intéresse les gens.
Siné : Et tout ne peut pas plaire à tout le monde. Il faut trouver de quoi s’alimenter et laisser tomber le reste. C’est comme dans Charlie, trois trucs qui m’intéressaient. Dans les journaux, c’est ça. Quand je prends Libé par exemple, je lis Pierre Marcelle, et il y a des trucs, le sport, je n’en ai rien à foutre, Joffrin non plus. Il faut un ton d’ensemble.

Quel regard portez-vous sur la presse actuelle ?

C. Sinet : Je n’ai pas envie de m’aligner sur la presse actuelle, ni être le énième journal à reprendre les dépêches de l’A.F.P.
On va essayer aussi de mener des enquêtes. Sur le remplacement de l’essence par exemple. Parce que cela fait vingt-cinq ans qu’on nous parle du moteur à eau qui fonctionnerait bien. Je vais demander à aller fouiner là-dessus. Parce qu’il y a des mystère dans la vie. On a aussi pris un économiste, Concialdi, qui nous donne des cours d’économie pour les nuls, car je ne pense pas que nos lecteurs soient des économistes aguerris. Il faut qu’on nous explique ça par rapport à ce que les gens vivent. Quand il explique qu’un ouvrier, ça rapporte 6000 euros au patron, c’est un chiffre intéressant, qui parle plus que toutes les grandes théories du monde. Les gens disent qu’il n’y a pas d’info. Ce n’est pas vrai, mais peut-être qu’elles ne sont pas assez savantes pour certains. On va aussi faire appel à des journalistes qui ont des papiers, des sujets qui les intéressent, et dont les rédactions ne veulent pas. Bien entendu, il faut que ces enquêtes soient approfondies, argumentées, et nous ça nous intéresse que ça ne passe pas ailleurs. On fait un appel à tous ceux qui sont brimés ailleurs, dans leur métier. Je voudrais à terme qu’on ait deux pages d’enquête.
Nous, notre voie est ailleurs, dans des choses dont les autres ne parlent pas. C’est quelque chose que j’ai toujours fait dans ma carrière et qui m’a pas trop mal réussi, donc je continuerai comme ça.

Siné dans la salle de rédaction de Siné Hebdo - 34.2 ko
Siné dans la salle de rédaction de Siné Hebdo

Propos (et photographies) recueillis par Philippe Krebs, le lundi 29 septembre 2008

 


Philippe Krebs

Cordiste, éditeur, rédacteur

 


Il y a 11 contribution(s) au forum.


Isabelle Alonso dans Siné Hebdo ? ? ?
(1/ 7) 14 octobre 2008, par Eddy Bitchell

> Monsieur Siné
(2/ 7) 4 octobre 2008

> Siné Hebdo
(3/ 7) 3 octobre 2008

> Siné Hebdo
(4/ 7) 2 octobre 2008, par Benoit

> Siné Hebdo
(5/ 7) 2 octobre 2008, par André Chenet

> Siné Hebdo
(6/ 7) 2 octobre 2008, par soleil vert

Comme un boomerang !
(7/ 7) 1er octobre 2008, par Florent Schoumacher

 

 


Isabelle Alonso dans Siné Hebdo ? ? ?
14 octobre 2008, par Eddy Bitchell

Le problème, ce n’est pas la présence d’Alonso dans Siné Hebdo (chacun voit midi à sa porte, et Mme Sinet est libre d’avoir ses petites marottes), mais la présence d’Isabelle Alonso ET Christophe Alévèque : 2 chroniqueurs attitrés de ce brave Laurent Ruquier.

Je ne vois absolument pas l’intérêt de nous refourguer, sous couvert de subversion "bête et méchante", des individus qui accaparent déjà l’écran TV, et qui plus est, dans des émissions plan-plan n’ayant rien à voir avec l’esprit acide qu’est censé nous apporter ce nouveau journal.

Dans ce cas, pourquoi pas inviter aussi Claude Sarraute ou Gérard Miller, tant qu’on y est ? ? ?

C’est plutôt décourageant...

(ps : sans parler de Didier Porte, qui nous refourgue peu ou prou les mêmes papiers qu’il lit déjà à l’antenne sur Fr. Inter. chez le très subversif Stéphane Bern, sic)

  
> Isabelle Alonso dans Siné Hebdo ? ? ?
2 novembre 2008, par GG


Et GELUCK qui devient un dessinateur de plus en plus nul , décoré des Arts et des Lettres et copain de Drucker ? Je trouve que le journal devient de plus le représentant du milieu médiatique parisien branché dont je me fiche complètement. Finalement Siné a un compte à régler avec Val et il est de bon temps dans ce milieu d’être à la dernière mode. Bedos que j’aimais bien se la joue révolutionnaire en cravate et ses propos sur Val sont tellement outranciers qu’ils n’ont aucun sens. Quand toute cette bande de bobos aura disparu de vos colonnes , je recommencerai à vous lire

> Isabelle Alonso dans Siné Hebdo ? ? ?
11 novembre 2008, par GG


Et le grand " résistant " BEDOS va peut-être faire recruter à " Siné Hebdo " Mireille DUMAS , Michel DRUCKER , ses potes de la TV ?


> Monsieur Siné
4 octobre 2008

Ouais, bon, moi sous le coup de l’enthousiasme je me suis abonné. Pas encore reçu le numéro 1, puis pour les numéros 2 et 3, question "chier dans les bégonias"...ouais, bof...toujours les mêmes cibles sans risques, ça risque d’être Sarkozy 1, Sarkozy 2, Sarkozy 3....après Chirac 1, Chirac 2, Chirac 3... ça cague un peu mou je trouve, sans vouloir être désobligeant. Au fait, le sieur Siné, il pense quoi du fait que quelqu’un de respectable et honnête puisse être, du jour au lendemain excommunié pour une remarque désobligeant nos grands censeurs ? pardon : penseurs...


> Siné Hebdo
3 octobre 2008

Au fait. Pour une meilleure compréhension de l’article l’engueulade de Nabe est lisible ici :

http://marc.edouard.nabe.free.fr/Accueil.html

Et l’ex-Journal de Nabe, pour voir un instant l’abîme qui sépare la fausse subversion de la vraie.

http://marc.edouard.nabe.free.fr/extraits/extraits.la.verite.html


> Siné Hebdo
2 octobre 2008, par Benoit

« On aurait bien aimé avoir Lefred-Thouron, mais il a un contrat d’exclusivité au canard. »

Pourtant il dessine aussi dans "La décroissance" ?

  
> Siné Hebdo
11 octobre 2008


et même dans CQFD je crois....

CQFD que je ne saurais trop recommander d’ailleurs ainsi que le Plan B


> Siné Hebdo
2 octobre 2008, par André Chenet

Je connais pas mal d’hommes et de femmes qui à 80 balais ou plus ont une pêche d’enfer. Leur secret ? Il ne se laissent jamais enfermer dans les pièges du conformisme. Il ont su garder un regard d’adolescent sur le monde et sont de grands amoureux de la vie, en dépit de difficultés "hénaurmes". Siné est, à lui seul, un défi vivant à cet ordre établi sur le maintien de la puissance financière d’une petite minorité. À cet égard, il n’est pas peu significatif que son canard sauvage ait pris son envol en un moment crucial et décisif de crise totale du système capitaliste. Un signe des temps ? Une brèche vient d’être ouverte dans la muraille de la presse officielle. Continuons donc le combat, soutenons nous les uns les autres, à l’écart des hiérarchies et des idéologies imposées, et des lavages de cerveaux télévisuels. Nous sommes des compagnons de route de la bande à Siné.

  
> Et Politis !
2 octobre 2008, par Gégé


Eh n’oubliez pas Politis ! Si il ya un journal qui n’a jamais viré de bord c’est bien lui ! Bon d’accord il ne fait pas dans le satirique ou le mal-élevé mais question enquête, et soutien à tous les combats honnêtes, ils ont toujours été là !

Salut et longue vie à Siné Hebdo !


> Siné Hebdo
2 octobre 2008, par soleil vert

nabe irresponsable c’ est normal c’ est un artiste...allez siné le meilleur écrivain français vivant tu pourrais lui accorder une tribune et aprés le virer pour irresponsabilité...enfin l’ essentiel est que même si vous vous engueulé vous vous parliez encore...on peut tout pardonner au génie non ? Même et surtout cette irresponsabilité qui le nourrit...amitiés à marc-edouard le fou et à toute ton équipe de dingues...longue vie à tous journal etc...


Comme un boomerang !
1er octobre 2008, par Florent Schoumacher

c’est un peu comme dans la chanson de Gainsbourg (la vraie pas la vilaine version de Daho...) un grand coup de boomerang dans la tronche sirupeuse du vieux Val, et oui Val fait bien vieux à côté des Siné (mari et femme ne l’oublions pas) !

Nos Pierre et Marie Curie de la satire... Notre gouvernement qui vante tant le travail des seniors devrait féliciter nos jeunes entrepeneurs ! Non ?...

Gloire éternelle à Siné Hebdo ! victoire sur tous les cons !


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