Accueil
Webzine
Art
Le samedi 12 janvier 2008
|
|
|
|
Arts Jean Dupuy à la galerie Semiose. Anagrammes, polypes et cailloux. par François Coadou,
|
|
DANS LA MEME RUBRIQUE :
|
|
|
Figure historique de l’art contemporain, Jean Dupuy n’en demeure pas moins singulièrement méconnu en France. Il faut dire qu’après des études à l’Ecole d’Architecture des Beaux Arts de Paris, au début de l’après-guerre, et une vingtaine d’années passées à « peinturlurer », comme il dit, sous l’influence de l’abstraction lyrique, alors de mode, Jean Dupuy a passé le plus clair de sa carrière, ses années de maturité, aux Etats-Unis. Une première exposition au MoMA, en 1968, le projette d’emblée sur le devant de la scène artistique new-yorkaise avec Cône pyramide. Il croise, dans les années qui suivent, les figures principales de l’avant-garde, dont il est partie prenante, comptant, de ses amis, un Maciunas ou un Filliou. C’est assez logiquement, donc, qu’il accueille chez lui, dans la première moitié des années 70, nombre d’artistes Fluxus et alentours, le loft qu’il occupe devenant le lieu en particulier d’expérimentations collectives. On aurait tort, cependant, de tout à fait confondre Jean Dupuy avec ce mouvement. S’il en partage sans doute certains caractères (l’attrait pour les possibilités nouvelles qu’offre la technologie, par exemple, ou la pratique de la performance), son œuvre, en effet, ne se comprend pas sans la référence aussi, et plus profonde, à une tradition d’ailleurs plus ancienne, et dont un autre franco-américain fut le représentant célèbre, je veux parler de Marcel Duchamp. Jean Dupuy partage de fait avec lui un même sens de l’humour et de la poésie. Aspects de son œuvre, peut-être, qui se sont d’autant plus clairement affirmés depuis son retour en France en 1984.
Retiré à Pierrefeu, dans l’arrière-pays niçois, Jean Dupuy se met alors à dessiner en grand nombre des anagrammes. S’il y réapparaît sans doute - mais d’une autre manière - la fascination pour les machines qu’il y avait déjà dans les œuvres technologiques, y ressortent en effet, plus accusées qu’auparavant, les lignes - qu’on n’ose appeler directrices - d’une appréhension, ou d’une exploration du monde, par le moyen de la poésie. Car, il faut dire, la poésie, Jean Dupuy l’envisage d’abord comme système, ou contrainte, dans la tradition de l’OuLiPo. Il s’agit donc aussi, avec elle, de faire surgir des formes nouvelles, des modes d’association ou d’organisation du monde encore inédits. Mais tout l’attrait de la contrainte, en poésie, ne s’épuise pas, pour Jean Dupuy, à cette seule valeur de vérité. Ce qui l’y retient, encore, c’est le côté ludique qu’elle recèle en même temps. Au fil d’une combinatoire qui est aussi la mécanique d’une dérive, les anagrammes de Jean Dupuy explosent ainsi d’un humour devenu trop rare dans l’art d’aujourd’hui. Humour, sens de la blague, par où il se rapproche bien plutôt, si l’on veut, de ces primitifs de l’avant-garde, comme d’un Erik Satie qu’il aime à souvent citer. Au reste, n’est-ce pas par cet humour, précisément, par la joie qu’on y trouve, que se produit, le plus sûrement, la valeur de vérité ?
L’exposition Jean Dupuy, qui se tient à la galerie Semiose, présente bien sûr quelques-unes de ces anagrammes déjà notoires. Mais elle présente aussi - et c’en est tout l’intérêt - quelques œuvres plus rares, réalisées en parallèle, depuis le début des années 80, à partir de polypes ou cailloux trouvés par Jean Dupuy au cours de ses promenades.
Ici comme ailleurs, le travail de Jean Dupuy révèle, en s’amusant, le côté jusque-là caché des choses, l’infinité des possibles encore inaperçus. Le propre de l’art n’est-il pas, après tout, de mieux donner à voir, à sentir ou ressentir le monde ? N’est-il pas de le donner, par là, à mieux penser ? Élever le sensible à l’apparence comme le disait Hegel. Si c’est le cas, alors, oui, on peut dire qu’on a ici affaire à du grand art. Reste encore, et comme tel, à le découvrir. François Coadou Jean Dupuy est né en 1925. Il vit et travaille à Pierrefeu.
|
|
|
François Coadou est Philosophe. Il enseigne l’Histoire de l’Art à l’École Supérieure d’Art de Toulon-Provence-Méditerranée. Il est l’auteur de textes consacrés à la littérature, à la musique et aux arts plastiques, textes où se croisent, de manière récurrente, les thèmes de l’art, du religieux et du politique. Dernières publications : L’inquiétude de la matière Bruno Schulz (Semiose, 2007), Le Livre des Taxes (Semiose, 2007).
|
||||
|
|
|
Il y a 2 contribution(s) au forum.
|
|
En Résumé
Plan du Site
Le Collectif
La Rédaction
Contact
Catalogue
Lettre d’Information
Textes & illustrations sous COPYRIGHT de leurs auteurs. Traduction/Translation