Littérature
Grand-Père de Jean-Louis Costes
Sortie le 16 février 2006


par Philippe Krebs,    

 

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Avec son nouveau livre intitulé sobrement Grand-Père, Costes décapite tous les stéréotypes qui sont véhiculés sur lui depuis des années tout en les revendiquant haut et fort. Seul contre tous, il affiche une candeur diabolique avec le sourire d’un enfant qui rajouterait malicieusement des moustaches à la Joconde. Mais Costes, en plus des fameuses moustaches, recouvre aussi l’idole d’une myriade de bites et d’un océan de sperme. Car Costes, c’est Dada remixé par Artaud hurlant « Avale ta loi », « Le théâtre c’est l’échafaud, la potence, les tranchées, le four crématoire ou l’asile d’aliénés. » ou encore « Toute poésie réelle tourne à un moment donné à des Actes de Magie ». Costes, c’est Céline qui boîte, le bras en écharpe avec une jambe de bois et un œil borgne, sorte de Barbe-noire haranguant les foules avec Sade à la Bastille, grandi en même temps que sali par l’opprobre publique, et tondu à la libération par les anciens collabos.
Avec Grand-Père, Costes signe son entrée en littérature avec une écriture de plus en plus dense. N’ayons pas peur de l’affirmer, Costes est avant tout un écrivain. Plus encore que chanteur ou performer, c’est en tant qu’écrivain qu’il révèle tout son art. D’ailleurs son écriture n’a jamais été tant maîtrisée que dans Grand-Père, sinon dans le mythique texte Pédé-pédophile (publié en 2000 dans Hermaphrodite n°4). Et si son précédent livre, Viva la merda !, était un road-movie scatologique écrit comme un scénario de film, où tout défilait très vite, qui est à la littérature ce que Brain Dead est au cinéma, un pan extatique de folie pure et régénératrice à base de sang, de gore et d’exorcisme, le lecteur est en droit de se demander comment s’est effectué ce passage vers LA littérature ? Costes a canalisé son énergie et sa fougue pour signer chez la maison-mère Fayard et être lisible du grand-public, comme un sauvage aurait mis une cravate sur son torse nu maculé d’excréments pour être accueilli au sein de l’église et recevoir le baptême. Costes sera-t-il enfin adoubé par la presse française ? Celle qui depuis toujours le regarde comme un animal curieux. Pris sous la coupe de Raphël Sorin, il court ce risque et attend son heure. En attendant, Grand-Père est un livre rare dans le marché de l’édition, un OLNI (Objet Littéraire Non Identifié) qui se lit d’une traite, sorte de Tintin aux Pays des Soviets revu par Pasolini, version « Sodome et Gormorrhe », et Jan Kounen version « Voyage au pays des chamans ».
Grand-Père renoue avec le genre de l’épopée en le réinventant et en parvenant, tour de force véritable, à le transformer en huis-clos. Car Grand-Père, c’est un personnage épique qui traverse les continents et l’histoire, en même temps qu’un huis-clos dans la tête de Costes avec trois personnages principaux qui rôtissent sur le grill de son cerveau.
Costes écrit dans Grand-Père : « L’Enfer est un opéra où tout est vrai. Rien n’est joué, donc tout est parfait ». A mi-chemin entre l’Enfer de Dante, celui de Hyeronimus Bosch et celui des Bibliothèques, Costes livre une prose contaminée : répétitions de séquences, leitmotivs fiévreux, ritournelles qui restent dans la tête comme un air d’opéra. Costes se sert de son écriture pour conserver le cœur encore palpitant du langage dans le formol de ses visions hallucinées. Grand-Père est un livre de 325 pages qui se lit au galop, et il est vrai qu’après Papi cosaque, Papi légionnaire, Papi bagnard, Papi collabo, on aurait volontiers lu Papi sème sa zone au Paradis. En attendant Costes continue de regarder le monde à travers les yeux d’un enfant qui fait caca, et s’émerveille de la douce chaleur qui lui picote l’entrefesson. Dixit Grand-Papi-qui-pique : « Le Diable est dans les vieillards, pas dans les enfants. Agonisants, ils passent le bâton de la douleur. »

Costes sur le net

 


Philippe Krebs

Cordiste, éditeur, rédacteur

 




 

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