|
|
|
|
PORTRAIT DE FEMMES Simone Weil, La Vierge Rouge. par Elodie Wahl par Axelle Felgine,
|
|
DANS LA MEME RUBRIQUE :
|
|
|
Extrait du texte « Simone Weil, une merveilleuse volonté d’inanité », par Élodie Wahl. Paru dans « Femme », Éditions Hermaphrodite, septembre 2005. De son vivant, Simone Weil (1909-1943) n’a pas cherché à se faire un nom dans le champ intellectuel. Elle s’est plutôt fait une non-place pour une intellectuelle non-intellectuelle. Intellectuelle, on ne peut pas lui refuser le qualificatif, elle fut une intellectuelle au sens propre du terme par lequel on appelait les hommes de lettres engagés dans la défense de Dreyfus. Son combat fut l’opposition de gauche au parti communiste. Elle l’a mené, en partie, aux côtés des syndicalistes révolutionnaires dans les revues La Révolution prolétarienne, L’Ecole émancipée ; en partie, aux côtés de Boris Souvarine, exclu du parti communiste, dans la revue La Critique sociale. Revues à la frontière de deux champs : intellectuel et syndical. En 1932, Simone Weil s’est rendue en Allemagne pour observer la situation politique à l’heure de la montée du nazisme. Elle a publié de longs articles dans L’Ecole émancipée. Il en ressortait que si la crise économique rendait révolutionnaire la situation politique allemande, la révolution n’était cependant pas à l’ordre du jour, et ceci en raison de la désastreuse politique du parti communiste (mots d’ordre contradictoires, division des travailleurs, non infiltration des syndicats...) qu’elle considérait comme un parti d’aventuriers. Elle a été vivement attaquée par les communistes français comme il se doit, mais le trotskiste Pierre Naville l’a approuvée. Refusant cette approbation, elle lui a répondu en substance, que le fait qu’il apporte son soutien à Trotski qui continuait à soutenir la IIIe Internationale ne l’autorisait pas à parler. Simone Weil n’était pas trotskiste. Elle avait rencontré Trotski, l’avait même hébergé chez ses parents. D’un long entretien qu’ils avaient eu ensemble, Trotski avait déduit qu’elle était en tous points en désaccord avec lui. En fait, Simone Weil reprochait à Trotski de continuer à considérer l’URSS comme un État ouvrier. Simone Weil fit encore « cavalier seul » en partant s’engager dans les rangs des anarchistes Espagnols en 1936. Elle en revint instruite du régime de terreur qui régnait dans les zones contrôlées par les anarchistes (exécutions arbitraires, rythme de travail intensifié...) Elle ébaucha un article pour raconter ce qui se passait en Espagne, mais ne le publia pas. Elle abandonna une année sa fonction de professeur pour travailler à l’usine, c’était avant de partir en Espagne. Son expérience toucha peu de monde, car encore une fois, au retour, elle ne publia rien. [...] Intellectuelle non-intellectuelle, Simone Weil ne tient pas à se faire connaître du grand public, ni des membres du champ intellectuel dans lequel elle ne se fait pas vraiment d’alliés. Elle déclare elle-même : « Je ne souhaite aucune notoriété littéraire » . Les déclarations des auteurs portent toujours à caution, mais dans ce cas, les actions de Simone Weil sont conformes à ses affirmations. La revue de son ami Boris Souvarine cessa bientôt de paraître. En effet la collaboration dans une même revue de Simone Weil et de Georges Bataille posait de nombreux problèmes. Simone Weil a écrit : « la révolution est pour lui le triomphe de l’irrationnel, pour moi, du rationnel ; pour lui une catastrophe, pour moi, une action méthodique où il faut s’efforcer de limiter les dégâts ; pour lui la libération des instincts, et notamment de ceux qui sont couramment considérés comme pathologiques, pour moi, une moralité supérieure. » C’est peut-être à travers la question de la sexualité et de la sexuation que l’on peut le mieux saisir, chez Simone Weil, le pourquoi et le comment de cette volonté engagée d’inanité. Quoi que d’aucuns aient pu en penser, Simone Weil est loin d’être un parangon du féminisme. Elle considère comme une singulière malchance d’être une femme, et elle entend bien ne pas en être une ! Elle signe les lettres qu’elle envoie à ses parents : « Votre fils », et parfois « Votre fils, Simon. » Bataille a écrit qu’elle était « un être admirable, asexué, avec quelque chose de néfaste (...) il y avait en elle une merveilleuse volonté d’inanité » Lorsqu’elle se rend au domicile de ses camarades syndiqués, elle dit à peine bonjour à leurs épouses et les brutalise passablement pour se précipiter dans le logement. Ce n’est pas qu’elle soit misogyne, mais les femmes des camarades l’empêchent parfois de voir leur mari, avec lesquels elle se rend au café, et poursuit la discussion jusque fort tard... La cause des femmes, Simone Weil n’est ni pour ni contre, et elle n’a rien écrit sur la question. En revanche, elle s’est intéressée à la sexualité et au freudisme : « Le freudisme tout entier est imprégné du préjugé même qu’il se donne pour mission de combattre, à savoir que tout ce qui est sexuel est vil » écrit-elle dans ses notes. Et elle demande : « Pourquoi la volonté de combattre un préjugé est-elle un signe certain qu’on en est imprégné ? Elle procède nécessairement d’une obsession. Elle constitue un effort tout à fait stérile pour s’en débarrasser. La lumière de l’attention en pareille affaire est seule efficace, et elle n’est pas compatible avec une intention polémique » (réflexion que devraient méditer les féministes). Simone Weil ne considère donc pas la sexualité comme une chose vile. On ne doit pas reprocher aux mystiques d’aimer Dieu avec la faculté d’amour sexuel, car « nous n’avons pas autre chose avec quoi aimer ». Les questions de l’amour et du désir préoccupent au plus haut point Simone Weil, celle que Célestin Bouglé, directeur adjoint de l’Ecole Normale lorsque Simone Weil y était étudiante, appelait « la Vierge rouge ». Mais l’amour et le désir qui intéressent Simone Weil, sont amour et désir sans objet. Ce qu’il faut aimer (disons l’Absolu), n’est pas. Il faut donc aimer rien, comme l’anorexique veut manger... rien, selon Lacan. Simone Weil était peut-être anorexique, ses écrits témoignent selon Jacques Maître d’une « conduite anorectique d’être au monde » . Mais il se peut que cet amour qu’elle voue à un non-objet (l’Absolu), trouve ses racines dans son expérience politique. Ainsi elle note : « Le socialisme consiste à mettre le bien dans les vaincus ; le racisme, à le mettre dans les vainqueurs. Mais l’aile révolutionnaire du socialisme se sert de ceux qui, quoique nés en bas, sont par nature et par vocation des vainqueurs ; et ainsi elle aboutit à la même éthique. » Si l’objet d’amour n’existe pas, on ne saurait le posséder, s’unir à lui, se l’approprier... Il faut donc aimer chastement, déduit la Vierge rouge. [...] Elodie Wahl. Plus d’informations sur le livre "Femme" aux éditions Hermaphrodite
|
||
|
|
|||||
|
|
|
Il y a 2 contribution(s) au forum.
|
|
En Résumé
Plan du Site
Le Collectif
La Rédaction
Contact
Catalogue
Lettre d’Information
Textes & illustrations sous COPYRIGHT de leurs auteurs. Traduction/Translation