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Les femmes ! Ceux qui en parlent ainsi font la preuve qu’ils n’en connaissent aucune, et celui qui n’en connaît qu’une n’en sait pas plus pour autant sur les autres. Elles sont un genre par commodité, commodité dont elles sont les premières à faire usage pour marquer ou masquer une différence, un manque qu’elles imaginent ou un avantage qu’elles se plaisent à faire accroire. L’un dans l’autre (passez-moi ce jeu de mots !) nous savons tous ce qu’il en est. A part le portement et l’enfantement (et ce n’est pas rien ! mais faut-il se définir uniquement en mère, même potentielle ?) : douleurs, plaisir et accomplissement dont nous ne saurons rien, compte tenu qu’elles ne découvriront que peu de choses (et nous alors !) du comportement de nos sexes masculins... « Les femmes » partagent avec nous l’étrange aventure d’être des êtres humains, avec ou sans âme, avec ou sans couilles, quelle importance ? Puisque « les hommes » n’ont de cesse que de se poser les mêmes questions, avec ou sans le dire. Néanmoins on dit qu’on ne voit bien son pays que lorsqu’on est sorti (en littérature, par exemple, les pays à grande diaspora en sont une évidence). Or nous en sommes tous sortis (comme la terre du ventre des étoiles). On ajoute souvent que nul n’est prophète en son pays, sinon revêtu des charmes ou du charlatanisme, de l’aura ou des horreurs, d’un lointain ailleurs. Nous sommes donc tous garçons et filles, héritiers ou bâtards de l’imaginaire, comme l’univers l’est des mathématiques et du principe d’incertitude. Le monde n’existe que parce que nous sommes là pour le voir, le regarder et le contempler. J’aime à croire qu’il en va ainsi des femmes et de moi-même, quand il s’agit des hommes : cela s’appelle le désir, et ses galaxies sont innombrables, sans oublier que si elles s’éloignent c’est pour élargir le champ de l’espace (Michel Cassé : « nous sommes l’espace, pas dans l’espace ») et laisser la lumière tenir et calfater le tout : c’est ce qu’on nomme du nom d’amour (quand je suis amoureux, je ne sais pas si c’est de l’amour, mais je suis sûr d’être cela). Aimer une femme (un homme) devient alors, non en percer de mieux en mieux les secrets, mais en voir s’amplifier le mystère, jusqu’à rejoindre cette réaction en chaîne des questions qu’on dit aussi être la vie ; et pour cela, une vie d’homme suffit à peine. Pour les détails, chacun s’arrange comme il peut : Mars est rouge, la Terre est bleue, etc. Seuls les trous noirs semblent nous mettre d’accord et c’est peut-être cela que nous désignons par la mort. « Pas de matière sans antimatière » m’a-t-on appris, mais que saurions-nous de la seconde sans la première, alors qu’il y a peut-être un tiers secrètement inclus dans leur rencontre qui enfantera la matière encore manquante qu’ici je voudrais être le poème ? Et n’y a-t-il pas, entre femmes et hommes, les même principe actif « provocateur » qui les fait se fondre en autre chose, puis en autre chose encore et sans fin, mais dont la famine nous tenaille toujours ? Nous n’en sommes pas là, mais quand une femme me plaît jusqu’à n’en plus pouvoir vivre sans elle (une vie « véritable ») où est donc la question ? Le monde est né quand l’électron fut libre et qu’enfreindre les lois inertes du néant créa le vide qui exige son contraire. C’est de ce couple, à l’origine illégitime, qu’est sorti dans l’extase, c’est-à-dire hors de soi en-dedans, la création, puis les créatures que nous sommes. Cette explosion nous en avons gardé le goût, le parfum, le frisson et la musique, toutes choses qui fondent la séduction : séduire, c’est provoquer ce qui n’est pas encore, et le désir reste cette énergie qui encore l’exprime le mieux, le presse, en tire le jus dont le plaisir est fait... Et les femmes dans tout ça me direz-vous ? Hé bien ! la nature, selon ses besoins et sa pente, en fera des soleils, des étoiles (filantes ou non), des planètes qui sont notre mémoire, et la lumière qui jamais ne revient en arrière et rend le monde transparent comme en attestent nos regards et les yeux qui les reçoivent. Faut-il s’amuser alors des détails de nos comportements, se moquer et plus sérieusement se révolter des injustices, des inégalités, etc. Oui, car il faut s’amuser (rire est ce qu’il y a de plus sérieux) le tout n’étant qu’un jeu, qu’une partie qui prendra fin. Alors certains écriront : les femmes ceci, les femmes cela, et les femmes des femmes, et les hommes des hommes en diront tout autant, et beaucoup auront du talent, quelques-uns même du génie... A nous, il n’appartenait de dire que cette part qui nous habite de l’autre, de cet autrement que sont « les femmes » et sans laquelle les destins ne seraient que la monotone répétition à l’identique de ce que l’on croyait à tort n’être que soi.
Werner Lambersy Irlande, 2005
Werner Lambersy est un habitué de la revue Hermaphrodite et a publié le recueil Rubis sur l’ongle aux éditions Hermaphrodite.
Ce texte a été écrit dans le cadre de l’ouvrage collectif des éditions Hermaphrodite Femme.
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Werner Lambersy
WERNER LAMBERSY est né à Anvers le 16 novembre 1941. S’il vit et travaille aujourd’hui à Paris où il est responsable de la promotion des lettres belges de langue française, il est avant tout l’une des grandes voix poétiques contemporaines. Un « poète indispensable, dispensé de silence, sachant silence chanter », selon Marcel Moreau. Tout en variant dans leur ton et leur forme (de l’extrême dépouillement à une respiration ample), sa poésie, à travers quelque quarante ouvrages publiés (Maîtres et maisons de thé , Le Déplacement du fou, Quoi que mon coeur en gronde, Komboloï, Noces noires, L’Arche et la cloche, Paysage avec homme nu dans la neige, Journal d’un athée provisoire, Etés (avec Henri Bauchau), La Magdeleine de Cahors, L’os à souhaits (avec J.C. Bologne), Petits rituels sacrilèges ...), poursuit une méditation ininterrompue sur le dépassement de soi dans l’amour, la tristesse, la mort et l’écriture. Son œuvre maîtresse à ce jour, Maîtres et maisons de thé (1979), est largement reconnue comme un des sommets de la poésie française depuis la Seconde Guerre mondiale pour la puissance de ses images et la profondeur de sa vision. Il a remporté de nombreux prix dans toute la francophonie et est par ailleurs traduit en allemand, américain, anglais, bengali, chinois, hindi, italien, macédonien, néerlandais, roumain, suédois et urdu.
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