Le muscle et la fonte travaillent dans les salles
par Raphael Peretti


   

 

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Cette machine à images aurait été magnifique si elle ne s’était pas mise à diffuser frénétiquement et avec l’obsession d’une boite à rythme qui s’emballe, les même images de partout. Ainsi il se peut que nous n’ayons, d’ici peu, même plus le choix des apparences. Le mensonge se sera enfin transformé, comme toute chose attirée par son contraire, en la vérité. Le monde ne ressemblera bientôt plus qu’au monde ou il ne ressemblera plus à rien du tout puisqu’il n’existera rien d’autre pour le comparer. Pendant ce temps là, le muscle et la fonte travaillent dans les salles. En ce comportement anaérobique consiste la discipline du Body-Building : une discipline visant à la constitution d’une apparence voulue, réalisée au prix de sueur, de douleur, de privation, d’astreinte et d’efforts presque surhumains.
Tout cela pour ressembler, coller à une image convenue correspondant à un certain canon esthétique. Parmi la grande famille des sports, le body-building est une sorte de cousin farfelu. Ses records ne sont pas du domaine de l’action pure mais de l’apparence. Comme si l’athlète s’était soudain arrêté net devant un miroir frappé par le mystère de son identité puis traversé par le virus de la crise existentielle dont les miroirs sont souvent porteurs.
L’image du colosse huileux et imberbe suit comme prévu les flux de globalisation de l’image. Le colosse correspond à toute les cultures. Achile, Hector, Samson ou Goliath qu ?ils soient heros grecs ou Assyriens, champions des tribus Celtes, Vikings ou Germaniques ils sont le dernier recours avant la tuerie de mêlée, le symbole de la cellule tribale sur qui repose les intérêts en temps de crise. Et puis, il y eut le massacre de la chevalerie Française sous les flèches Anglaises, les grands entrepreneurs free-lance et leurs mise à sac, le service militaire et un bon nombre de guerre modernes ; et le capitalisme a converti le pouvoir de la force pure en celui de l’argent, les colosses ont du se recycler en symboles, en images, en représentants nostalgiques et souvent pitoyables d’un certain canon esthétique. Levant la fonte dans les salles, ils sont comme des troupes oubliées dans les vestiaires de l’action. Ils ont été remplacés par des héros fictifs de papiers, qui luttent contre des phantasmes farfelus pour la sauvegarde de notre monde sous la forme de bandes dessinées pour adolescents mâles ; ce sont les Super Heroes aux pouvoirs mutants et autres X-men.
Toutefois, il semblerait que les images ici aient subi un sérieux gommage. En effet les colosses sensés représenter la virilité même se retrouvent tous sans un poil. Il est vrai que certaines exigences techniques veulent qu’aucune touffe malencontreuse n’occulte les muscles à la vue des juges. A moins que dans la discipline un certain canon esthétique spécifique ne se soit imposé. C’est qu’une certaine culture sur la planète a rapidement eu le monopole des images, de leur production et leur diffusion.
Je pense à la culture anglo-saxonne, avec son noyau dure de W.A.S.P. Une nation d’enfants blondinets charpentés comme des bûcherons et sans un poil de travers. S’il est facile de s’imaginer un Hercule imberbe, il est moins aisé de concevoir un Samson sans une longue barbe de sémite et le système pileux qui en découle « - Oh ! excusez-moi je confond peut-être avec les cheveux ! Mais où est-il écrit que Samson n’avait point de barbe ? » Ceux qui détiennent le pouvoir des images et de leur diffusion en masse ont par-là même le grand pouvoir de suggestion aux masses. Il faut penser bien que cela ne paraisse pas évident qu’en dirigeant les apparences on s’adresse directement au plus profond de l’humain puisque l’on s’adresse à l’envie, au désir et finalement à la libido qui sont si je ne m’abuse les facteurs déterminants par excellence du comportement humain. Il se trouve que même les plus consciencieux d’entre nous participent allègrement et inconsciemment à la grande manipulation dans le moindre de ses gestes quotidiens ; au moment de choisir une nouvelle paire de chaussure, une vidéo ou un cornet de glace. Alors que pendant ce temps, et avec une constance studieuse, le muscle et la fonte travaillent dans les salles.

R.P.

             

 

 




 

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