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Le dimanche 28 mars 2010
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Entretien fruité Maurice Lamy Le premier de hommes ! par Philippe Krebs,
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Hermaphrodite : " Que faites-vous ici, à Villerupt ? " Maurice Lamy : " Je suis membre du jury, tout en sachant que le président de ce vingt-troisième festival du film italien est Sergio Gomi, producteur et distributeur (il a quand même produit plus de quarante-deux films) ; il y aussi Marco Lombardi qui est un journaliste de Milan, Nico .... qui est vice-président de Media-Europe. " H. " Quel est ton parcours, puisque l’on connaît bien ton personnage dans Delicatessen et dans la pub Orangina, mais tout le monde ne sait pas nécessairement comment tu as démarré. Il me semble que tu viens du théâtre... " M. L. : " Non pas vraiment, j’ai démarré par le cinéma. Je ne parle pas des cours d’art dramatique, puisqu’évidemment on fait du théâtre. Le premier film que j’ai fait, c’est avec Raphaël Delpart qui a fait un bidasse qui s’appelle Les Bidasses aux grandes manœuvres. uc Besson était premier assistant, et n’avait encore rien fait. Il avait vingt ans je crois. Il y avait Jean Reno qui faisait un colonel et moi je faisais le mec qui jouait du clairon le matin. C’est là qu’on s’est rencontrés avec Besson ; Jean Reno, je le connaissais avant. A seize-dix sept ans, quand je voulais un peu orienter mon futur, je l’ai rencontré parce que je vendais des fruits et légumes et que lui vendait des pellicules. Nous étions dans une sorte de complexe de supermarché sur Neuilly, en banlieue limitrophe et nous avons très vite sympathisé. Il est devenu mon parrain. Il avait déjà quinze ans de plus que moi et il m’a guidé. Il m’a dit, tu devrais prendre quelques cours. Moi je débutais, j’ai fait l’école Florent, la classe libre, j’ai réussi le concours, parce que je n’avais pas un radis et que pour moi il était hors de question de payer, surtout à dix-sept ans. Le concours était obligatoire pour bénéficier de trois années à l’œil. " H. : " Tu as donc commencé très jeune. " M.L. : " Oui, j’ai commencé à dix-sept ans, mais ce n’était pas vraiment important. Tu sais, je pense qu’il ne faut pas démarrer trop tôt dans ce métier là. Par exemple, moi j’ai rencontré les gens importants trop tôt. Je n’étais pas très mâture. J’ai un adage, on dit " jeune, beau et con ", et moi j’étais " jeune, pas beau et con ". Lorsque j’ai participé au film de Luc Besson, je n’avais qu’une vingtaine d’années. Après, on a été à Avoriaz, j’ai rencontré Alan J. Pakula qui est quand même un metteur en scène, qui était membre du jury et qui voulait sans doute travailler avec moi, parce que je l’intéressais physiquement, mais je pense que j’étais pas mûr pour tenir un personnage, un rôle, une discussion, et simplement pour faire mon métier d’acteur, parce que c’est un vrai travail quand même. Commencer trop tôt, c’est bien et en même temps ce n’est pas bien. On peut passer à côté de choses importantes, parce que les rencontres on les fait, mais que se passe-t-il si l’on est pas prêts... ? " H. : " Oui, mais c’est peut-être aussi se lancer dans certaines aventures... " M. L. : " Je préfère me lancer d’abord dans des petites choses avant d’arriver. Tu vois, aujourd’hui j’ai trente-six ans et je pense que je suis comme un bon vieux vin, je prends le temps, j’ai envie de mûrir et d’avoir du coffre, parce que quand tu te plantes, on te bombarde après. Et c’est dur ensuite de rejaillir. " H. : " Si l’on prends l’univers de Delicatessen, c’est un univers parfait, avec une galerie de personnages, de gueules qui sont extraordinaires... et tu es imbombardable parce que, parmi la galerie des gueules, tu en es presque le héros et tu attires la sympathie. " M. L. : " Je suis content que tu dises cela. Tu as raison, parce que cela a été un peu conçu comme cela avec Jeunet et Caro. Je vais te raconter une anecdote. C’est Jeunet et Caro qui sont venus me voir, quand ils faisaient leur casting, au Lapin chasseur, dans lequel je jouais, un spectacle de Jérôme Deschamps qui a, par la suite, créé les Deschiens. C’est un spectacle qui a eu un succès colossal, nous sommes partis en tournée pendant un an et demi. Nous l’avions créé à Chaillot. Ensuite, nous l’avons repris à la Villette, parce qu’il y avait une demande. Et ils étaient là. Ils sont venus me voir dans les coulisses et m’ont dit, on aime bien ton travail et on aimerait bien t’avoir parmi les Troglos, c’est pas grand chose, mais on aimerait bien que tu le fasses, c’est notre premier film... Je dis, ben pourquoi pas. L’idée était assez originale, parce que Jeunet m’a dit, tu choisis le rôle, il y a six-sept Troglo, tu choisis le rôle. Déjà, j’ai trouvé la démarche très sympa. J’ai choisi Pink et après j’ai dit à Marc, lors du casting où il me donnait la réplique, pourquoi tu ne ferais pas le personnage ? Finalement, je l’ai convaincu, et il s’est peut-être aussi convaincu de lui-même, suite au casting, et finalement on l’a joué ensemble. Et pour moi, c’est un bon souvenir, parce que Jeunet et Caro sont deux êtres d’exception qui ont vraiment un univers. " H. : " J’aime bien la scène où ton perso claque dans les mains, ça me fait penser à une scène de Down by Law, de Jim Jarmush où les personnages sont en prison et ils chantent I scream, You scream, we all scream for an ice cream... " M. L. : " Magnifique, avec Roberto Begnini d’ailleurs... " H. : " ... John Lurie et Tom Waits. " M. L. : " En noir et blanc. Ouais, extraordinaire... " H. : " Et je pense au même type de pur moment jubilatoire. " M. L. : " Pour les Troglos, c’était une improvisation. Ce n’était pas dans le script. Parce que Jeunet était ouvert, même si c’était un premier film et qu’il avait quand même la pétoche. Il est tombé sur une très bonne productrice, Claudie Ossard, à laquelle je rends hommage, parce qu’elle lui a vraiment laissé une autonomie de créativité. Ce film est aussi la réussite de la productrice. Dès les premières images du film, on est dans l’univers, avec la boucherie, Jean-Claude Dreyfus dégage une espèce de machiavélisme. On se dit, tiens c’est bizarre, et ça c’est déjà très fort. " H. : " En même temps, il y a quelque chose de très poétique, à la Jean Vigo, ses scènes sous l’eau... " M. L. : " Il paraît qu’ils se sont inspirés de l’Auberge rouge, avec Fernandel et Julien Carette, pour l’aspect cannibalisme. Mais, ils en ont fait de quelque chose de tellement différent. On peut s’inspirer d’un film à partir du moment où on y met sa propre personnalité. " H. : " Est-ce que le tournage était une aventure humaine ? " M. L. : " Non, ça reste quand même froid un plateau. On peut dire ce qu’on veut, même dans les comédies - j’ai fait des comédies, par exemple avec Christian Clavier et Clémentine Célarié, La Vengeance d’une blonde-, ça reste quand même froid en plateau. " H. : " Quel est le souvenir le plus marquant de ta carrière ? " M. L. : " Le Besson ! Cela a été une découverte exceptionnelle ! Ce mec-là avait vingt-trois ans. Je me souviens que, comme nous n’avions pas de moyens techniques, il avait pris, parce qu’il avait de bonnes épaules, une longue échelle et mis la caméra au bout avec un lest de l’autre côté pour pas que ça se barre. Si vous vous souvenez du plan où Jean Reno court après Pierre Jolivet, dans les couloirs. Il y a un plan avec une espèce de balancement, mais très doux. Par exemple pour la scène de l’avion, il a accroché un filin qui faisait vingt mètres et deux filins virtuellement. A un bout, il y avait l’opérateur, et à l’autre, il y avait l’assistant-opérateur. Ils ont balancé la caméra avec un objectif particulier pour corriger sans doute la mise au point sans qu’on puisse le voir et il a réussi à faire un plan de l’avion qui arrive façon Luma. Ce mec-là m’a halluciné ! A vingt-trois ans ! Ce qui m’a beaucoup frappé, c’est cette espèce de créativité pour dépasser les obstacles. Parce que ça, c’est fort, ne rien avoir et se dire je ne vais pas faire de la télé, j’ai envie d’un plan pensé, mûri... Et il était capable d’arrêter le tournage deux jours pour avoir l’idée. Je ne pense pas que l’on tourne comme ça aujourd’hui. En plus il était un très bon directeur d’acteurs. Ce fut une expérience dingue. C’est ce que je retiens. Evidemment il y a eu Delicatessen. J’ai tourné dix jours, mais il y avait une pression énorme. Ils étaient culottés ces deux-là, et puis ils avaient quand même du pognon. Besson, il avait rien donc il était libre. " H. : " Delicatessen est quand même le film qui t’as ouvert les portes ? " M. L. : " Non, j’avais quand même déjà pas mal bourlingué. C’est une bonne question parce que je ne sais pas si j’ai un film-référence qui m’a lancé. C’est un ensemble de films et de travaux qui fait qu’on apprécie mon travail ou non. Et je préfère qu’on ait une vue globale de mon travail. " H. : " Souvent tes rôles son soit fantastiques, soit surréels... " M. L. : " Tu as raison, et je suis content que tu dises cela, parce que j’aimerais bien franchir un palier en terme de créativité. C’est vrai que j’ai le physique pour - on est victime de son physique comme disait Depardieu - mais en même temps, il faut faire preuve de sensibilité, d’intelligence parce que ceux qui ne te voient que d’une façon ont quand même un esprit relativement étroit. En tous cas, ils ne font pas d’effort ; peut-être qu’ils sont très intelligents mais ils ne font pas d’effort. J’aimerais que les gens fassent un peu plus d’efforts parce que je peux faire d’autres choses. " H. : " On aimerait bien vous voir évoluer dans un rôle-titre ou à contre-emploi... " M. L. : " A contre-emploi je ne sais pas...Peut-être le mien, celui que je suis en train d’écrire. Au théâtre, c’est vrai, j’ai fait des choses très différentes, un peu plus importantes. Je suis remonté sur scène en mars et avril, alors que je n’avais pas joué depuis cinq ans, ce qui est quand même énorme. J’avais le trac d’un bébé, je flippais. Les premières représentations, je respectais à la lettre les emplacements. Il faut des contraintes, parce que sinon tu fais n’importe quoi, alors il faut trouver la liberté dans la contrainte. Il ne faut pas que ce soit une totale liberté sinon tu peux sortir de ton personnage, il faut une contrainte. " H. : " Et quel est ton parcours théâtral ? " M. L. : " J’ai travaillé avec Robert Hossein... nous avons a repris « Certains l’aiment chaud ». Il en a fait une pièce, où je joue le petit producteur qui propose au couple de mecs, Jack Lemmon et Tony Curtis, d’aller à Monaco pour faire une revue. Mais en fait, il veut sauter... pardon... il veut, disons se faire une petite gâterie... (rires). Il s’appelle Tortellini et rien que le nom m’amusait déjà. Et ça c’est un vrai personnage qui a une pensée, un cheminement intellectuel, qui a des envies et je rends hommage à Jérôme Savary qui m’a donné ce personnage qui est quand même important dans la pièce. Sinon, évidemment Jérôme Deschamps a été important pour moi. Parce qu’on me donne une étiquette de comique, mais c’est dur de savoir pourquoi on fait rire. Et ça toujours été au centre de ma réflexion, qu’est-ce qui fait rire chez moi ? " H. : " Je dirais une forme de spontanéité... " M. L. : " Sans doute, mais c’est emmerdant parce que cela t’échappe. Et quand tu dois faire rire comme un travail, faire rire à une heure fixe ou sur un plateau, cette spontanéité, si tu ne l’as pas, tu es dans la merde. En plus, je n’arrivais pas à trouver mon style. Alors, c’était une vraie réflexion...c’est très juste ce que dit sur la spontanéité, je suis un mec vivant, je dirais presque que je suis rital, je dois avoir des gènes d’Italien, c’est évident, mais en même temps il faut la mettre en pratique. Tu travailles un personnage et tu ne peux pas dire, bon j’arrive sur le plateau, je suis spontané et ça va aller... il suffit que tu ne sois pas en forme, que tu ne sois pas dans le bon rythme et tu ne fais plus rire du tout. Pendant très longtemps, j’ai essayé de trouver une méthodologie, un style et Deschamps m’a aidé pour à trouver mon style. Deschamps, c’est Tati, c’est un univers burlesque, tout ce que j’aime, et Jérôme Deschamps m’a appris le décalage. Tout est une question de rythme dans la comédie. Je le savais, mais il fallait que je passe par une expérience. On a répété trois mois et demi, ce qui est énorme pour un spectacle - en général, c’est un mois et demi -, et on l’a joué pendant un an et demi. " H. : " C’est un spectacle où il y a beaucoup de synchronisation. " M.L. : " Enormément. Et nous étions douze comédiens. Il faut aussi savoir que Jérôme construit son spectacle pendant les répétitions. C’est-à-dire qu’il vient, qu’il a un thème de base. Moi, je délire, je vous vois, salle de restauration, je voudrais qu’on dépeigne un peu cet univers de cuisine et en même temps de salle avec le côté guinguette, etc., allons-y... Et il faut tout faire. Je peux dire, c’est super audacieux de sa part. Il y a un risque moindre pour nous, qui pour lui est énorme. " H. : " Il a affaire à des acteurs qui ne sont pas n’importe qui et leur laisser improviser n’est pas un risque trop grand, non ? " M. L. : " C’est vrai qu’il y avait par exemple Jean-Marc Billon qui est un acteur qui a démarré à la M.J.C. avec lui ; il y avait le pianiste qu’il connaissait depuis dix ans. C’est vrai qu’il s’est sécurisé. Mais Morel n’était pas dans sa troupe, Maurice Lamy non plus, Yolande Moreau non plus. Nous étions sept ou huit à débarquer, dont Suzanne Carlson, une Américaine. C’est donc quand même soixante pour cent du spectacle en terme d’humains. Et je lui rends hommage ici parce que c’est bien de travailler comme ça. Et je trouve qu’au cinéma, on devrait vraiment répéter. C’est très important de se dire, on s’enferme un mois et on essaie de répéter. Quand je lis un peu les Mémoires de Chaplin ou même de Woody Allen, parce que j’adore ce type, il dit, moi sur mes films je laisse une part d’improvisation qui est très importante aux comédiens, car si tu connais bien la situation, tu peux dire ce que tu veux. Ce type monte après le tournage et puis il retourne des séquences. Il a une espèce de liberté, c’est génial. Chaplin ne faisait que ça. Je ne comprends pas qu’on arrive plus à le refaire parce que je pense qu’on gagnerait en richesse de travail. Et moi si je peux, j’aimerais bien le faire sur mon film. Je vais tourner en numérique donc, déjà au niveau du matériel ça le permet. J’aimerais bien tourner et monter en parallèle comme fait Woody Allen. Je ne comprends pas qu’on ne le fasse pas. Après on s’étonne que le cinéma français soit en période de crise. J’ai regardé les chiffres en venant ici, c’est une catastrophe. " H. : " Certains émergent pourtant.. " M.L. : " Trois sur cinquante films. Harry vous veut du bien, Les Rivières pourpres et le troisième dont je me souviens plus. Et c’est là où je m’étonne qu’il n’y ait pas de réflexion. Cela fait des années que ça dure. Le cinéma américain prend une grosse part. Je ne dis pas qu’il ne faut plus de cinéma américain, mais il nous faut aussi du cinéma français. Je ne comprends pas qu’avec toutes les têtes pensantes que nous avons en France, il n’y ait pas de vraie réflexion. Il existe bien des collectifs d’auteurs, de réalisateurs, de producteurs, mais il subsiste une sorte de fatalité. Il y a peut-être une imagination à mettre en place, ouvrir un peu plus de portes. On en parle de manière rapide, mais cela mériterait vraiment une réflexion plus profonde. " H. : " Pourquoi es-tu passé du rôle d’acteur à celui de réalisateur de courts-métrages et bientôt d’un long ? Parce que tu as un univers à développer ? " M. L. : " Tout simplement parce que je ne trouve pas mon bonheur dans ce qu’on me propose actuellement. Et ayant quand même tourné avec des gens importants, eux-mêmes m’ont poussé à le faire. J’ai rencontré Jugnot et Clavier qui venaient d’une famille, le Splendid. Ces gens-là se sont pris en main. Tu vois Jugnot dans les années 70, il avait une gueule pas possible ce mec, Michel Blanc était tout frêle, tout maladif et à part faire le petit obsédé du coin...alors que je pense qu’il est plus sensible et intelligent. Ces gens-là se sont dits, on va se réunir et faire des choses. J’ai tourné avec Balasko pour son premier film, avec feu Coluche. J’ai bien compris qu’un jour, il fallait que j’impose mon personnage. C’est pour ça que je dis que trouver son style, c’est important en terme de comédie et de comédien. Le jour où tu passes devant et derrière la caméra, il faut que tu imposes un style. J’ai mené une réflexion depuis deux ans pour trouver mon style. J’ai écrit une pièce de théâtre et je pense que j’ai élaboré quelque chose qui serait proche de mon style, mais cela reste à confirmer. Il y a trois personnages, deux hommes et une femme. Le théâtre permet de trouver son style plus vite. C’est un laboratoire intéressant. " H. : " Un pan de ta carrière est aussi lié à la publicité. " M. L. : " Une partie. Disons que la publicité Orangina m’a rendu populaire auprès d’un panel de gens très large, toutes générations confondues, aussi bien des personnes de cinquante ans que des gamins de huit ans. Et en même temps, je suis assez fier de l’avoir fait parce que c’est une pub qui ressemble à un court-métrage. Il y a une vraie fiction là-dedans, et quand je préparais ce film-là, je disais à Yohann Karmitz, un suédois qui a fait le film, parce que ce n’est pas Chabat, que ce personnage ressemble un peu à Coyote. Il essaie de choper l’autruche et il lui arrive toutes les misères du monde. Dans le premier film, je me fais shouter par un camion. Il me dit que c’est tout à fait ça, la preuve est que la série se poursuit. Mais je ne suis pas star, car je fais une différence entre star et populaire. La star est celui ou celle qui fait les couvertures, qui est invité(e) partout. Moi je ne suis pas une star, et ça ne m’intéresse pas forcément de l’être, je suis populaire. " H. : " Il y a une fidélisation du personnage comme avec le Monsieur Marie incarné par Dreyfus. " M. L. : " Une fidélisation, et surtout je crois que je dégage, c’est ce que m’ont dit les gens, une vraie sympathie, c’est-à-dire que les gens m’aiment bien malgré que je sois le sérial-killer. Puisque j’ai envie de les bouffer ces gosses finalement. Mais je pense que c’est ma nature, je suis quelqu’un d’abordable, de gentil et ça transparaît dans ce personnage-là très fortement. D’ailleurs c’était une des conditions quand on a travaillé en amont avec Yohann Karmitz, parce qu’il y avait tellement de sang et de violence, il fallait absolument que je sois dirigé de façon à ce que le personnage humain transparaisse. Malgré la bouteille. Si l’on n’avait pas réussi cela, ç’aurait été une pub violente et froide. Et moi j’avais peur de ça. " H. : " C’est un personnage qui possède aussi une grande dérision enfantine... " M. L. : " C’est vrai. Je pense que j’incarne aussi ça. C’est pour ça quand tout à l’heure j’ai voulu faire un jeu de mot pour détendre un peu l’atmosphère, quand j’ai dis que j’étais obligé de venir au festival du film italien, parce que j’ai un physique à l’italienne... Toute chose que j’interprète a cette dimension humaine et pour ce personnage, j’avais pas envie de tomber dans le piège. Parce qu’en pub, ça va tellement vite. Une seconde et on passe à un autre plan. Il faut vous rappeler que la pub fait vingt-trois secondes seulement. Mais je pense très honnêtement que cette pub m’a rendu populaire et m’a fait rentré dans les foyers. " H. : " Tes projets actuels ? " M. L. : " Je fais un film à Berlin, un film culotté. Il y a ma pièce de théâtre aussi. Et le projet auquel je tiens énormément est le premier film de Didier Flamand , un comédien qui a réalisé pas mal de pub et un court-métrage, La Visse, césar du meilleur court en 96 et nominé aux oscars, avec Jean Reno et une paire de comédiens dont moi. Et dans ce nouveau film, un road-movie entre la France et les Etats-Unis, je serai l’acolyte de Jean Reno. Charles Gayssot (La Vie est un long fleuve tranquille,...) devrait produire. Ce qui m’intéresse, c’est de rencontrer et de bosser avec la jeune génération, parce j’ai pris conscience que les poids lourds de ce métier ne feront pas appel à moi. Ils ont un monde dans lequel ils sont, ils ont des visages, des personnages, et je pense qu’étant un peu hors norme, je n’appartiens pas à leur monde. J’appartiens plus au monde de la jeune génération qui a tendance à avoir plus de fantaisie, de créativité et elle a envie de donner un coup de pied à ce qui a été fait, et n’hésitera pas à me prendre. Etre l’amant d’une supernana par exemple pour faire un pied de nez, dire voilà Maurice Lamy, il est capable et si vous l’avez pas vue et bien tant pis. " H. : " Ce qu’il y a de bien en même temps chez la nouvelle génération, c’est qu’elle défie Hollywood sur son terrain. " M. L. : " Tant mieux. Jeunet et Caro, Jan Kounen, Dominique Moll... La seule crainte, c’est que les meilleurs s’en aillent. Si les meilleurs partent, là on est mal. On ne va pas faire comme au football où tous les meilleurs sont partis. Ganz est là-bas, il fait des films américains. C’est un peu la crainte que j’ai avec Jan Kounen, Kassovitz. Un jour ces gens-là partiront et c’est emmerdant pour nous, les acteurs, la France, pour tout ça. Mais je les comprends, là-bas, ils ont les budgets pour réaliser leurs rêves d’enfants. " Festival de Villerupt - Samedi 4 novembre 2000
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