Roland Topor
a enfin son site internet


par Philippe Krebs,    

 

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" Topor, c’est certainement l’un des derniers grands touche-à-tout (...) Roland Topor était fascinant, parce que tout d’abord, c’était un peintre, un dessinateur, un écrivain, un homme de théâtre (...) c’était donc ce touche-à-tout qui avait une certaine morale, celle de n’être jamais correct, l’incorrection en permanence, ce qui n’excluait pas la rigueur. Et pour lui, les matières fécales, le sang, le sexe, la viande, comptaient beaucoup, non pas pour une provocation simpliste, mais pour désigner sans arrêt ce qu’est l’être humain. Je pense que Roland Topor c’était un humaniste, pas un humaniste au sens où l’entend d’habitude, parce les véritables humanistes, ce sont forcément des pessimistes et non pas des utopistes. Et comme il était un humaniste, ce qui l’intéressait, c’était pousser jusqu’à l’excès les petites manies, tout ce qui était petit, en le rendant grotesque (...) ce qui l’intéressait, c’était non pas montrer le derrière des choses, ni le revers, mais jouer sur grotesque, burlesque et pittoresque, à fond. Ça c’était Topor. "

Noël Simsolo Le Bon Plaisir de Roland Topor, France Culture, juin 1987

" Sur la scène française de l’art actuel, Topor est injustement victime d’une dévalorisation, réservée à ceux qui se sont cantonnés dans leur rôle d’amuseur. Le fait que Topor vienne du gag, du dessin d’humour et de l’illustration est encore sujet à malentendu. (...) Souvent considéré comme un amuseur, donc un artiste mineur, Topor est mis à l’écart, en France, des grandes célébrations artistiques. Il ne figure ni dans les expositions dans grands musées, ni dans les collections publiques, ou presque. Il est pourtant l’un des plus grands dessinateurs de notre époque. " Le plus grand ", dit Erik Dietman. Il s’inscrit dans la lignée des Breughel, Bosch, Rembrandt, Goya. " (...)

" L’œuvre de Topor est le lieu de malentendus. La démesure de sa puissance d’invention s’est retournée contre lui et a brouillé la perception qu’avait de lui le monde de l’art. Homme-orchestre, la liste de ses activités semble infinie. (...) Pourtant son œuvre ne part pas dans tous les sens. Il y a une cohérence-Topor. Cette façon, par exemple dans ses livres, de pousser à l’extrême des situations absurdes, inquiétantes, horribles : un enfant cloué sur une porte (le Bébé de M. Laurent), comment manger son prochain (la Cuisine cannibale), en sortant d’un ascenseur, un homme se retrouve pourvu de la superbe poitrine de sa voisine (la Plus Belle Paire de seins du monde). Dans Portrait en pied de Suzanne, le narrateur tombe amoureux de son pied gauche blessé au point de le prendre pour la femme de sa vie et de l’assassiner en le mettant sous un tramway. "

" Tout tourne autour de quelques thèmes qu’on retrouve autant dans les écrits que dans les dessins. Le dédoublement (jumeaux, sosies cherchant à vous éliminer pour prendre votre place). La possession de soi par d’autres, non seulement de l’extérieur (complot), mais aussi de l’intérieur (hôtes indésirables). L’échange des attributs de l’homme et de la femme ou de l’humain et de l’animal. La formidable variété des modifications organiques, le corps se prêtant, dans ses dessins, à de cauchemardesques fantaisies et à toutes sortes de contorsions et de métamorphoses. Le cerveau d’un homme lui tombe par la bouche. Un autre porte sur son dos la masse pesante d’un de ses testicules. Un autre encore a la tête transpercée de bas en haut par son phallus démesuré. Un groupe de femmes nues serrées les unes contre les autres possède cinq paires de jambes, neuf sexes, quinze seins, douze têtes. Deux mains sortent des deux cheminées qui se trouvent sur le toit, comme si la maison se rendait à un ennemi invisible. Le grand thème qui rôde enfin dans l’œuvre de Roland Topor est celui de la mort, qui l’emplissait d’effroi, autour duquel il n’a cessé de tourner avec drôlerie en une danse macabre. "

Pierre Tilman, in Art Press

 


Philippe Krebs

Cordiste, éditeur, rédacteur

 


Il y a 3 contribution(s) au forum.


> Roland Topor
(1/ 1) 30 mai 2003, par michel

 

 


> Roland Topor
30 mai 2003, par michel

pourquoi cette phrase "un des derniers grands touche à tout" ?

  
> Roland Topor
31 mai 2003, par Philippe KREBS


Pour savoir cela, il faudrait demander à Noël Simsolo lui-même. Une réponse d’Alexandro Jodorowsky à l’une de mes questions qui pourra vous éclairer... Cordialement, PhK

5. Comment expliquez-vous que les artistes paniques, Fernando Arrabal, Roland Topor et vous-même, soient les derniers descendants des grands artistes de la Renaissance, dans le sens où vous avez employé tous les médiums artistiques possibles (cinéma, musique, bande dessinée, roman, théâtre,...), en laissant du même coup une œuvre prolifique et folle derrière vous ?

Les artiste polyvalents comme Leonardo, Cocteau, Pasolini, Dali, ne sont pas des exceptions. Dans le futur les artistes seront polyvalents ou ne seront pas. Les nouvelles techniques produiront ça. Un "livre" sera à la fois littérature, cinéma, peinture, sculpture virtuelle, musique, jeu théâtral, bande dessinée, thérapie, etc. ; tout ça dans un même objet. Arrabal, Topor et moi, au lieu d’être les derniers, nous serons peut-être considérés comme des précurseurs de l’artiste multiple.

  
> Roland Topor
10 juillet 2003


TOPOR VOIT

Oui Topor voit. la chaire, les os, et les précipices. Maids aussi les précipités, les handicapés,la trouille, l’illustration de la vie, la rétine. La première biennale de l’illustration ouvre ses portes à Issy-les-moulineaux en Juin 2004. Un hommage à Topor cloturera l’évênement. La revue Hermaphrodite ainsi que tous ses copains sont priés de contacter l’équipe de la biennale à cette adresse :biennaleillustration@voila.fr pour exposer à l’hopital Corentin Celton à Issy les moulineaux.


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