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Le lundi 8 mai 2006
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Yüksel Arslan : l’homme au deux pierres par Roland Topor,
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Yüksel Arslan, cette portion finie d’espace infini, est constamment parcouru par deux pierres rondes tournoyant tels des satellites internes, qui, s’entrechoquant, font jaillir des étincelles de ses yeux et de ses mains, tandis que des fracas roulent dans sa gorge. Il s’agit de deux cailloux extraordinaires, de principe opposé, produisant des effets magnétiques spectaculaires. Le premier est la pierre de la Folie, dont Jérôme Bosch célébra naguère l’extraction par les chirurgies de son époque. Le second aux vertus somnifères révélées par Goya, est la pierre de la Raison, plus encombrante mais aussi plus friable qu’il n’y paraît. Lorsque ces deux corps célestes qui s’attirent et se repoussent, l’un hantant de préférence les culs de basse-fosse, l’autre ayant une prédilection pour les régions septentrionales du crâne, entrent en collision, il s’ensuit de violentes explosions avec projection de débris de matière organique, de gaz hilarant, d’illusions parties en fumées, de cendres, de souvenirs et de lave. En refroidissant, ces éléments composites, se cristallisent et constituent les " Artures ", merveilles naturelles que j’ai, sans attendre l’UNESCO, classé patrimoine culturel de l’humanité. Pourtant, certains craignent d’approcher ces oeuvres, auxquelles ils attribuent des pouvoirs magiques, de peur d’y perdre la face, arrachée comme un couvercle d’autocuiseur. D’autres, plus audacieux, plus avisés, plus sympathiques, ne redoutent pas de se laisser influencer par les " Artures " qu’ils considèrent comme les fragments archéologiques d’une très ancienne civilisation disparue, celle des brebis galeuses de leur famille. De telles retrouvailles ne vont pas sans Žmotion. Selon les circonstances et les tempéraments, les oeuvres de " l’homme aux deux pierres " provoquent l’horreur ou l’euphorie, le crève-coeur ou la jubilation. Arslan, qui s’est toujours défendu d’être un artiste, a composé les images d’une nouvelle légende " Arturienne " avec l’acharnement d’un laboureur et la nonchalance d’un souverain en exil. Elle illustre de façon magistrale les mésaventures de l’Homme, soumis aux caprices de sa sexualité, en proie à ses cauchemars, à ses maladies, qu’un infime grain de sable suffit à faire déraper et qui de toute façon sera broyé par son organisation sociale. - Le mensonge est sucré, la réalité amère. - Mais elle n’empêchera jamais un héros de rigoler. Vaison La Romaine, Août 1995.
Correspondance Arslan/Ph.Krebs (extraits)
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"Topor est l’humour de Dieu" Jacques Prévert
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